Formation encadrement Apnée

Compte-rendu de notre séjour à Dahab, la Mecque de l’apnée

Introduction

Depuis quelques années, l’apnée à la FFESSM s’est séparée de la Pêche Sous-Marine et est en train de se structurer avec un séquençage des compétences, des performances et des prérogatives. Des cursus de formation ont été spécialement créés avec deux voies parallèles : une voie pour l’horizontalité en piscine (cursus « piscine ») et une voie pour la verticalité en milieu naturel (cursus « eau libre »), avec des passerelles entre les deux voies. Un beau schéma vaut mieux qu’un long discours comme disait l’autre et donc je vous conseille de regarder la Figure 1 pour mieux comprendre le découpage des cursus. On retrouve une hiérarchisation des niveaux comparable à celle de la plongée technique, sauf qu’au lieu de parler de N1 à N4 on parle « d’apnéiste » (équivalent du N2), « d’apnéiste confirmé » (N3) et « d’apnéiste experts » (N4).
Les niveaux d’encadrement ont eux aussi suivi cette logique de découpage et s’échelonnent depuis l’Initiateur-Entraineur de niveau 1 jusqu’au Moniteur Entraineur Fédéral de niveau 2 (MEF2). Il existe des niveaux supérieurs : les instructeurs régionaux et nationaux. Très partisans du sport pour tous, ces derniers ont récemment développé un cursus apnée pour les handicapés physiques et planchent actuellement sur un cursus pour permettre aux malades psychiques et mentaux de pratiquer.
Synopsis cursus apnée 2019
Figure 1 Les différents niveaux d’apnée. Source : https://apnee.ffessm.fr/les-niveaux-d-apnee
Mais revenons à nos moutons. Nous sommes 7 Apnéistes Experts en Eau Libre (l’équivalent du N4 bouteille si vous m’avez suivi) et Initiateur-Entraineur de Niveau 2 (IE2) à vouloir passer notre MEF1 lors d’un stage organisé par Sébastien Léon (Instructeur National Apnée) à Dahab, en Egypte. La plupart des participants viennent de Bretagne Pays de la Loire. Les autres arrivent de la région Centre et de la Nouvelle Aquitaine. Les uns pratiquent en mer, les autres en carrière et tous ont envie de développer l’activité « apnée en milieu naturel » au sein de leurs clubs respectifs.
Nous avons travaillé sérieusement toute la saison avec Tangui, mon tuteur, pour préparer mes séances pédagogiques (minimum 12 séances pratiques et 4 théoriques) et je me sens prêt à attaquer le stage final et à passer l’examen. Tangui m’accompagnera en Egypte. Sympa le coach ! Go go go !
 

Découverte de Dahab

Nous partons à 3 de Bretagne : Tangui, Dominique Pitou (Loisir Subaquatique Dinannais) et moi-même, direction Dahab, la Mecque de l’apnée. Nous avons hâte de palmer dans la Mer Rouge ! Escale à İstanbul, en Turquie où nous retrouvons une partie du groupe de candidats au MEF1. L’aéroport international d’Istanbul est un carrefour pour les voyageurs de tout le Moyen-Orient. Des ethnies et des pèlerins (en serviette de bain !) de tous les pays arabes se croisent, entre deux avions. Nous sommes déjà un peu dépaysés et ça commence à sentir le sable chaud.
Nous arrivons enfin à Dahab, après 24h de déambulations. Nous sommes rincés mais contents. Sauf Tangui a qui la compagnie aérienne a perdu la valise contenant ses affaires de plongée. La galère ! Il finira par les récupérer au bout de 4 jours de tractations, appels, aller-retours à l’aéroport, etc.
Après 1h de taxi Sébastien nous accueille à l’hôtel « le Mirage » tout sourire. Il s’est réveillé à 4h du matin spécialement pour nous recevoir. Il est 5 heures du matin passé, nous allons pouvoir nous effondrer sur notre lit et faire la « grasse-mat ». Les vacances studieuses commencent enfin.
10h du matin. Boum Boum Boum. « Alex, Tangui, tout le monde vous attend au petit déj ! ». Pas le temps de niaiser, il faut s’organiser pour le restant du séjour : regrouper les ateliers, aller chercher les bouées commandées en amont à un artisan local, acheter des kilos de plomb, installer les arrêtoirs sur les câbles, voir où se trouve l’oxygène, faire du change, acheter des packs d’eau. Bref, milles petits trucs de logistique qui prennent un temps fou, dans un pays qu’on ne connait pas et où le temps ne défile pas de la même manière qu’en métropole. Nous profitons de nos courses pour vadrouiller à travers Dahab (Figure 2). Il n’y a pas à dire, c’est beau ! Cette petite ville balnéaire est située au pied du mont Sinaï qui se jette dans la Mer rouge (Figure 5). L’hôtel est devant la plage et on voit les montagnes (Figure 3). En face, c’est l’Arabie Saoudite (Figure 4).

Figure 2 Dahab est une ville balnéaire très touristique. Une sorte de Côte d’Azur où se retrouvent des athlètes du monde entier.

Figure 3 Le front de mer à Dahab. Au fond ce sont les contreforts du Mont Sinaï qui se jettent dans la mer.

Figure 4 Dahab est située au pied du Mont Sinaï. En face c’est l’Arabie Saoudite.

https://www.routesdumonde.com/wp-content/uploads/2018/04/CARTE-EGYPTEINTERETS.jpgFigure 5 Localisation de Dahab.

Dahab est une fourmilière très cosmopolite. En plus des égyptiens, des réfugiés soudanais (la guerre fait rage au Soudan), des Saoudiens, et d’autres ethnies du Moyen-Orient, il y a des plongeurs du monde entier qui se donnent rendez-vous ici. Beaucoup de russes, des japonais, des suisses etc. Nous découvrons que l’apnée est un business juteux et une activité très développée à l’international (bien plus qu’en France). Entre les plongeurs et les locaux, les écarts de richesses sont énormes. Un euro vaut 57 fois la livre Egyptienne !
Les champions d’apnée commencent à arriver à Dahab pour préparer leur saison en profondeur. Ils s’entrainent au mythique « Blue Hole », une formation géologique sous-marine formant un trou tombant jusqu’à 96m de profondeur (avis aux amateurs). Si dans nos clubs français la féminisation de l’apnée est balbutiante, en revanche à Dahab c’est tout l’inverse. On doit compter facilement 80% d’athlète féminines pour 20% d’athlètes masculins. Mesdames, à vos palmes !
En fin de journée, nous ne résistons pas à l’envie de piquer une tête dans la Mer Rouge avec Tangui. Je découvre pour la première fois la barrière de corail (Figure 6). Incroyable !
Figure 6 La barrière de corail et sa multitude de couleurs.
 

Au boulot !

Nous trouvons très rapidement notre rythme de croisière.
6h. Réveil et préparation de la séance pédagogique du matin.
6h30. Etirements sous la « tente du bédouin ».
7h. Départ à pied vers le site de Light House pour travailler notre pédagogie et bosser notre technique.
10h. Retour à l’hôtel. Rinçage du matos, petit déj’ et passage chez le marchand de jus de fruits (mangue, goyave, etc).
11h. Retour à l’hôtel pour une petite sieste.
12h. Préparation de la séance pédagogique de l’après-midi.
13h. En piste, on y retourne.
17h. Retour à l’hôtel. Rinçage du matos. Puis on sort choper un sandwich aux falafels à côté de l’hôtel
18h. Préparation des séances pédagogiques théoriques
19h. Présentation de nos cours magistraux (sujets d’organisation et de physiologie) et apports sur la pédagogie de la remédiation de la part des encadrants.
21h. On ressort boire un dernier jus de fruit « pour la route » (on devient "addict")
22h. Dodo mérité !
 

Mayday Mayday

Les jours s’enchainent à un rythme d’enfer. Les encadrants se démènent pour faire monter le niveau. Nous prenons de plus en plus plaisir à faire cours, dans l’eau et à terre. La fatigue s’accumule aussi et certains en ont « plein les pattes » au bout d’une semaine. Les descentes de démonstration sont de moins en moins démonstratives. Le moral est à marée basse. Pas facile de tenir le coup pour les plus âgés (66 ans pour le doyen du groupe). Le vent s’est levé et certains commencent à tomber malades. Les sinus et les oreilles, déjà malmenés par les nombreuses descentes, ne passent plus. Tangui a chopé la crève en faisant une randonnée en montagne à 5°C. Il est aphone. En voulant récupérer un tuba, je force sur mes oreilles et… catastrophe. Je me fais mal aux tympans ! L’erreur de débutant et le pire scénario possible. Rien à faire, impossible de mettre la tête sous l’eau. La douleur est terrible et m’empêche de dormir. Un membre du groupe a amené un endoscope et m’ausculte. Pas besoin d’être médecin pour comprendre que tout est bousillé : mon conduit auditif est rouge écarlate et mon tympan est opaque par rapport aux autres apnéistes. Ça craint. Il va falloir un miracle pour que je puisse me rétablir d’ici l’examen.
Au final ce sera un repos forcé pour 5 des 7 apnéistes en formation MEF1. Un préparant, trop laxiste sur la sécurité, quitte même la formation. C’est l’hécatombe. Le stress monte d’un cran, la frustration aussi. Heureusement le groupe fait bloc. On se remonte le moral comme on peut et on noie notre chagrin dans les jus de fruit. Les encadrants n’ont de cesse de nous encourager. Ce sont des modèles de patience et de bienveillance. On les admire.

Le D Day

C’est le jour J. On attaque à 7h par le tirage au sort des sujets de péda organisationnelle : « vous organisez une sortie pour 15 ados en milieu naturel, décrivez votre organisation, votre planification et la sécurité à mettre en œuvre ».
On passe ensuite à l’examen théorique avec 3 x 45’ d’écrit sur table sur la sécurité et les prérogatives, l’organisation, etc. On fonce acheter un jus de fruit pour reprendre des forces.
L’après-midi on attaque la partie dans l’eau : nous devons faire 2 descentes de « démonstration » à 25m en moins de 6 minutes. Facile… si les oreilles passent. Nous n’avons pas plongé depuis plusieurs jours et on ne sait pas si la compensation des oreilles et des sinus va passer. Echauffement en immersion libre tête en haut jusqu’à 10m… ok. Tête en bas… ok. Ça fait des bruits bizarres dans l’oreille mais pas de gène ni de douleur. Descente en Immersion libre jusqu’à 20m. Là aussi ça passe. Direction la bouée de performance pour l’immersion en poids constant et… incha’Allah comme ils disent ici. Mon canard à une main est pourrave (je garde l’autre main en permanence sur mon nez pour pouvoir compenser tous les 50cm, si je rate une compensation c’est foutu pour le reste de la descente). Pas grave, il faut sauver les meubles. Mieux vaut avoir 10/20 que 0. Je ferme les yeux pour me concentrer sur la compensation : le palmage est dégeu, la chute libre aussi. Ça passe, à 10m, 15m, 20m, 25m. L’arrêtoir est là : virage puis remontée (beaucoup trop lente pour une démonstration). Sortie de l’eau, inspiration de récupération et signe OK. Je rebascule sur le dos et me remet dans ma bulle pour enchainer la deuxième apnée. Là aussi ça passe même si c’est moche. Au final l’épreuve est validée pour tous (soulagement collectif !) même si on n’a pas été des flèches en technique…
Figure 7 Une technique pas folle et une remontée beaucoup trop lente (Sébastien s’impatiente) mais je sauve les meubles.

Le lendemain matin, tirage au sort des épreuves de pédagogie pratique : « préparez une séance pour un élève en formation Apnéiste Eau Libre qui a du mal à compenser dès les premiers mètres ».
Cette fois c’était la « der des ders ». Nos examinateurs nous retrouvent dans la « tente du bédouin » pour annoncer le résultat des délibérations : nous sommes tous brevetés ! Et cerise sur le gâteau je suis major de promo ! Youpi. Ça remonte le moral après une semaine d’incertitude et la déception sur mes descentes de démonstrations pas géniales.
Figure 8 La promo des MEF1 et l’équipe encadrante (il manque Sylvie)
 

A bientôt les copains

Nous plions bagage. On n’aurait pas craché sur une semaine supplémentaire à faire de l’apnée juste pour le plaisir mais les eaux bretonnes nous manquent et il ne faudrait pas rater le début de la saison des araignées... Nous remercions une fois de plus Sébastien et nos encadrants. Leur investissement dans ce stage a été colossal. Eux non plus n’ont pas beaucoup dormi.
J’en profite pour remercier tout particulièrement Tangui, qui m’a épaulé depuis mes premières bulles sous l’eau (seuls les vrais savent ce que signifie un lâché bulles sous l’eau 😉) jusqu’au MEF1. Merci infiniment pour tous tes enseignements, conseils, pour les séances pédagogiques avant la piscine etc. Tout ça c’est grâce à toi (Figure 9) !
Figure 9 Best coach ever !
 

La suite

Ben oui, c’est quoi la suite ? Le but de passer le MEF1 était de renforcer l’équipe de cadres de la section apnée du CSCE afin de pouvoir vous proposer des sorties en milieu naturel aux beaux jours : sorties à bord de la Calypso, sorties du bord à la pointe de Cancaval, carrière de Fougère, sorties clubs à Civaux et dans le sud, etc. Sans oublier le passage des niveaux d’apnée en eau libre. On verra ensemble ce qui vous fait plaisir. A vous aussi de répondre présent lors des sorties et d’aider à l’organisation (on est tous bénévoles !).
Le MEF1 c’est cool mais nous allons également récupérer 2 super entraineurs à partir du mois de mai. Et oui, vous ne le saviez peut-être pas mais Damien et Thomas se sont lancés dans l’aventure de l’encadrement cette année et sont sur le point de finaliser leur formation d’entraineur. Ils sont chauds comme la breizh ! Nous avons hâte qu’ils valident et ils sont très attendus par toute l’équipe. Merci beaucoup pour votre investissement et bon courage les gars, vous êtes les meilleurs !
 

Le mot de la fin

J’espère que ce loooong texte vous donnera à vous qui me lisez l’envie de vous investir et de passer vos différents niveaux d’apnée pour, à votre tour, participer à l’animation de la section apnée du CSCE. Vous verrez les apnéistes nous le rendent bien 😉
Alex




 

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